mardi 1 septembre 2015

Dégradation humaine et sociale

« Si nous tenons compte du fait que l’être humain est aussi une créature de ce monde, qui a le droit de vivre et d’être heureux, et qui de plus a une dignité éminente, nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération les effets de la dégradation de l’environnement, du modèle actuel de développement et de la culture du déchet, sur la vie des personnes. » Ce sont là des affirmations du pape François dans son encyclique sur l’écologie. Il explicite les graves conséquences de la dégradation de notre planète sur les humains et en donne de nombreux exemples. En voici quelques-uns.
 
Les effets humains de la croissance démesurée et désordonnée de beaucoup de villes sont multiples. On y est devant un chaos urbain, des problèmes de transport, et de la pollution visuelle ainsi que sonore. Souvent, on y consomme énergie et eau en excès. Certains quartiers sont congestionnés et désordonnés, sans espaces verts suffisants. « Les habitants de cette planète ne sont pas faits pour vivre en étant toujours plus envahis par le ciment, l’asphalte, le verre et les métaux, privés du contact physique avec la nature. » (44)
 
Certaines innovations technologiques ont des effets néfastes : exclusion sociale, inégalité dans la disponibilité et la consommation d’énergie et d’autres services, fragmentation sociale, augmentation de la violence, narcotrafic et consommation croissante de drogues chez les plus jeunes, la perte d’identité. On a là « des symptômes d’une vraie dégradation sociale, d’une rupture silencieuse des liens d’intégration et de communion sociale. » (45)
 
Et les communications par Internet « nous empêchent aussi parfois d’entrer en contact direct avec la détresse, l’inquiétude, la joie de l’autre et avec la complexité de son expérience personnelle. C’est pourquoi nous ne devrions pas nous étonner qu’avec l’offre écrasante de ces produits se développe une profonde et mélancolique insatisfaction dans les relations interpersonnelles, ou un isolement dommageable. » (46)
 
Notre monde de technologies et de communications nous offre de nombreux avantages. Mais voyons-nous assez leurs conséquences sur notre environnement et nos relations interhumaines?
 
(9e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 28 août 2015

Sœur Eau

Le pape François a tiré l’alarme à ce sujet de la nécessité de l’eau et du risque de pénurie. « L’eau potable et pure représente une question de première importance. » (28) Elle est indispensable pour la vie humaine. Les sources d’eau douce approvisionnent des secteurs sanitaires, agricoles et de la pêche ainsi qu’industriels. Mais en beaucoup d’endroits, la demande dépasse l’offre durable.
 
Le pape insiste sur le drame qu’est le manque d’eau pour les pauvres, « ce qui provoque beaucoup de morts tous les jours. Les maladies liées à l’eau sont fréquentes chez les pauvres, y compris les maladies causées par les micro-organismes et par des substances chimiques. La diarrhée et le choléra, qui sont liés aux services hygiéniques et à l’approvisionnement en eau impropre à la consommation, sont un facteur significatif de souffrance et de mortalité infantile. »
 
« Les eaux souterraines en beaucoup d’endroits sont menacées par la pollution que provoquent certaines activités extractives, agricoles et industrielles, surtout dans les pays où il n’y a pas de régulation ni de contrôles suffisants. Ne pensons pas seulement aux décharges des usines. Les détergents et les produits chimiques qu’utilise la population dans beaucoup d’endroits du monde continuent de se déverser dans des rivières, dans des lacs et dans des mers. »
 
Il existe une tendance à privatiser l’eau, à la transformer en marchandise. « En réalité, l’accès à l’eau potable et sûre est un droit humain primordial, fondamental et universel, parce qu’il détermine la survie des personnes, et par conséquent il est une condition pour l’exercice des autres droits humains. »  
 
Cette question de l`eau est donc cruciale. Les impacts sur l’environnement par une grande pénurie d’eau pourraient affecter des milliers de millions de personnes, et il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle.
 
« Le problème de l’eau est en partie une question éducative et culturelle, parce que la conscience de la gravité de ces conduites, dans un contexte de grande injustice, manque. » (30)
 
Quels gestes puis-je faire pour développer ma conscience de ce drame mondial?
 
(8e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 23 août 2015

Le climat est un bien commun

Telle est la conviction du pape François. « Il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d’un réchauffement préoccupant du système climatique. »  Ce réchauffement a été accompagné de l’élévation constante du niveau de la mer et l’augmentation d’événements météorologiques extrêmes.
 
« L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre ce réchauffement ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. Il y a, certes, d’autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire), mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, oxyde de nitrogène et autres) émis surtout à cause de l’activité humaine. En se concentrant dans l’atmosphère, ils empêchent la chaleur des rayons solaires réfléchis par la terre de se perdre dans l’espace. Cela est renforcé en particulier par le modèle de développement reposant sur l’utilisation intensive de combustibles fossiles, qui constitue le cœur du système énergétique mondial. Le fait de changer de plus en plus les utilisations du sol, principalement la déforestation pour l’agriculture, a aussi des impacts » (23)
 
Ces affirmations choquent des personnes impliquées certains scientifiques, certains politiciens et des personnes impliquées dans l’exploitation du pétrole. Il y a là un débat qui s’engage.
 
Chacun doit se poser la question : je me situe où dans ce débat? Quelles sont les conséquences de mon option?
 
(7e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mardi 18 août 2015

Prière pour la sauvegarde de la création

« En tant que chrétiens, nous souhaitons offrir notre contribution à la résolution de la crise écologique à laquelle l’humanité est actuellement confrontée. » Le pape François expliquait ainsi sa décision d’instituer une journée mondiale de prières pour la création. Cette journée sera célébrée le 1er septembre, comme cela se fait déjà au sein de l’Église orthodoxe.
 
Le pape nous indique quelques motivations qui devraient nourrir en nous la passion pour la sauvegarde de la création. Nous croyons en Jésus Christ, Verbe de Dieu qui s’est fait homme pour nous. Alors, notre spiritualité ne doit être déconnectée « ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde; [elle] se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure » (216). « Vivre la vocation de protecteurs de l’œuvre de Dieu est une part essentielle d’une existence vertueuse; cela n’est pas quelque chose d’optionnel ni un aspect secondaire dans l’expérience chrétienne » (217).
 
Cette journée mondiale annuelle nous incitera à renouveler notre adhésion personnelle à notre « vocation de gardiens de la création », en rendant grâce à Dieu pour l’œuvre merveilleuse qu’il a confiée à nos soins et en invoquant son aide pour la protection de la création. Il faudra aussi réfléchir sur les péchés que nous commettons contre le monde dans lequel nous vivons, nous convertir et implorer la miséricorde divine.
 
C’est certes là une occasion favorable pour nous interroger dans nos communautés paroissiales ou autres sur le soin réel que nous donnons à la création en nous et autour de nous.
 
(6e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 14 août 2015

Ce qui se passe dans notre maison

Tel est le titre du premier chapitre de l’encyclique de François sur l’écologie. Et il en explicite le contenu. « En premier lieu, je présenterai un bref aperçu des différents aspects de la crise écologique actuelle, en vue de prendre en considération les meilleurs résultats de la recherche scientifique disponible aujourd’hui, d’en faire voir la profondeur et de donner une base concrète au parcours éthique et spirituel qui suit. » (15)
 
Le pape note le changement particulièrement rapide qui caractérise notre civilisation. Cette accélération constante est en contraste avec la lenteur des évolutions biologiques. « Le changement est quelque chose de désirable, mais il devient préoccupant quand il en vient à détériorer le monde et la qualité de vie d’une grande partie de l’humanité. » Cette situation provoque une profonde crise et une douloureuse prise de conscience au sein de notre humanité.
 
Pollution, ordure, culture du déchet : « La terre, notre maison commune, semble se transformer toujours davantage en un immense dépotoir. » (21) Et le pape invite à des réflexions concrètes.
 
« Réalisons, par exemple, que la majeure partie du papier qui est produit, est gaspillée et n’est pas recyclée. Il nous coûte de reconnaître que le fonctionnement des écosystèmes naturels est exemplaire : les plantes synthétisent des substances qui alimentent les herbivores; ceux-ci à leur tour alimentent les carnivores, qui fournissent d’importantes quantités de déchets organiques, lesquels donnent lieu à une nouvelle génération de végétaux. Par contre, le système industriel n’a pas développé, en fin de cycle de production et de consommation, la capacité d’absorber et de réutiliser déchets et ordures. On n’est pas encore arrivé à adopter un modèle circulaire de production qui assure des ressources pour tous comme pour les générations futures, et qui suppose de limiter au maximum l’utilisation des ressources non renouvelables, d’en modérer la consommation, de maximiser l’efficacité de leur exploitation, de les réutiliser et de les recycler. » (22)
 
Un tel exemple m’interpelle comment? Je peux changer quoi dans ma vie pour que pollution, ordures et déchets diminuent sur notre planète?
 
(5e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 8 août 2015

L’urgence d’agir

Le pape François accueille dans son encyclique sur l’écologie la réflexion d’innombrables scientifiques, philosophes, théologiens et organisations sociales. Il cite de nombreuses conférences épiscopales. Il intègre les profondes méditations du Patriarche Œcuménique Bartholomée.
 
Ce dernier « a attiré l’attention sur les racines éthiques et spirituelles des problèmes environnementaux qui demandent que nous trouvions des solutions non seulement grâce à la technique mais encore à travers un changement de la part de l’être humain, parce qu’autrement nous affronterions uniquement les symptômes. Il nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager. » (9)
 
François porte dans son message percutant une préoccupation qui tourmente bien des gens et les appelle à agir pour que notre planète et notre humanité s’harmonisent mieux avec le plan de tendresse, de générosité et de diversité de Dieu.
 
D’où son appel.
« Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. » Et le pape salue, encourage et remercie « tous ceux qui, dans les secteurs les plus variés de l’activité humaine, travaillent pour assurer la sauvegarde de la maison que nous partageons. Ceux qui luttent avec vigueur pour affronter les conséquences dramatiques de la dégradation de l’environnement sur la vie des plus pauvres dans le monde, méritent une gratitude spéciale. Les jeunes nous réclament un changement. Ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus. » (13)
 
Il adresse une invitation urgente au dialogue « sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. […] Il nous faut une nouvelle solidarité universelle. » (14)
 
Comment ce cri rejoint-il mon cœur? Le réveille-t-il? L’engage-t-il? Est-ce que je partage cette conviction qu’un changement radical est possible?
 
(4e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 2 août 2015

François et François

Le pape actuel, François, a voulu choisir ce nom en mémoire de saint François d’Assise. Il en a fait ainsi son saint patron et en quelque sorte son inspirateur. Il l’a souvent affirmé. Et dans sa récente encyclique sur l’écologie, il explicite longuement la capacité de François d’Assise d’inspirer notre monde actuel en mal dans ses relations avec notre terre et avec les personnes qui forment notre humanité. Il nomme le saint d’Assise : « Un beau modèle capable de nous motiver. » Voici ce qu’il en écrit.
 
« J’ai pris son nom comme guide et inspiration au moment de mon élection en tant qu’Évêque de Rome. Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. Il a manifesté une attention particulière envers la création de Dieu ainsi qu’envers les pauvres et les abandonnés. Il aimait et était aimé pour sa joie, pour son généreux engagement et pour son cœur universel. C’était un mystique et un pèlerin qui vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même. En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure. » (10)
 
Et le pape affirme que le témoigne de saint François nous montre « qu’une écologie intégrale requiert une ouverture à des catégories qui transcendent le langage des mathématiques ou de la biologie, et nous orientent vers l’essence de l’humain. Tout comme cela arrive quand nous tombons amoureux d’une personne, chaque fois qu’il regardait le soleil, la lune ou les animaux même les plus petits, sa réaction était de chanter, en incorporant dans sa louange les autres créatures. »
 
« Sa réaction était bien plus qu’une valorisation intellectuelle ou qu’un calcul économique, parce que pour lui, n’importe quelle créature était une sœur, unie à lui par des liens d’affection. Voilà pourquoi il se sentait appelé à protéger tout ce qui existe. » IL était rempli de tendresses envers toute créature comme envers un frère ou une sœur. Et le pape souligne la nécessité de cette approche de la nature. « Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. En revanche, si nous nous sentons intimement unis à tout ce qui existe, la sobriété et le souci de protection jailliront spontanément. La pauvreté et l’austérité de saint François n’étaient pas un ascétisme purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d'usage et de domination. »
 
La nature est un splendide livre dans lequel Dieu nous parle, nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté. « Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange. » (12)
 
(3e texte d'une série sur l'encyclique du pape François)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau