vendredi 18 avril 2014

Devenir des itinérants


Le pape François précise son projet d’Église en nous demandant de devenir des itinérants (voir La joie de l’Évangile par. 23ss), « Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. » Et François trace le chemin : « Prendre l’initiative, s’impliquer, accompagner, porter du fruit et fêter. »
 
Oser prendre l’initiative :  le Seigneur a pris l’initiative, il a précédé sa communauté « dans l’amour (cf. 1Jn 4, 10), et en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus. »
 
S’impliquer : Jésus, à genoux, a lavé les pieds de ses disciples. Et il a ajouté : « Heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13, 17). « La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. Les évangélisateurs ont ainsi “l’odeur des brebis” et celles-ci écoutent leur voix. »
 
Accompagner : être avec, consentir aux « longues attentes et la patience apostolique. » L’évangélisateur a beaucoup de patience, et évite de ne pas tenir compte des limites.
 
Fructifier : le semeur est toujours attentif aux fruits. « Il prend soin du grain et ne perd pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes. Il trouve le moyen pour faire en sorte que la Parole s’incarne dans une situation concrète et donne des fruits de vie nouvelle, bien qu’apparemment ceux-ci soient imparfaits et inachevés. »
 
Fêter : la communauté évangélisatrice, joyeuse, sait toujours fêter. « Elle célèbre et fête chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisation. L’évangélisation joyeuse se fait beauté dans la liturgie, dans l’exigence quotidienne de faire progresser le bien.»
 
Est-ce que « devenir itinérant » pour l’Évangile, ça me dit quelque chose? Suis-je engagé dans ce chemin? Quel pas l’Esprit me demande-t-il de faire aujourd’hui?
(10e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 6 avril 2014

Le projet de François

Une Église « en sortie » : voilà comment le pape, dans son exhortation La joie de l’Évangile (par. 19ss) résume son projet de réforme ecclésial.
 
Il part de la parole de Jésus ressuscité aux siens : « Allez donc » (Matthieu28,19). Puis, dans un très suggestif résumé de la Bible, il montre que « dans la Parole de Dieu apparaît constamment ce dynamisme de “la sortie” que Dieu veut provoquer chez les croyants. Abraham accepta l’appel à partir vers une terre nouvelle (cf. Gn 12,1-3). Moïse écouta l’appel de Dieu : “Va, je t’envoie” (Ex 3,10) et fit sortir le peuple vers la terre promise (cf. Ex 3, 17). À Jérémie il dit : “Vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras” (Jr 1, 7). Aujourd’hui, dans cet “ allez ” de Jésus, sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église, et nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire. Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile. » (par. 20)
 
Puis il montre que la joie de l’Évangile est une « joie missionnaire ». « Les soixante-dix disciples en font l’expérience, eux qui reviennent de la mission pleins de joie (cf. Lc 10, 17). Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21). Les premiers qui se convertissent la ressentent, remplis d’admiration, en écoutant la prédication des Apôtres “chacun dans sa propre langue” (Ac 2,6) à la Pentecôte. » (par. 21).
 
Ai-je déjà pris le temps de méditer ces textes? Ai-je déjà expérimenté cette joie missionnaire? Est-ce que cet « Allons ailleurs » (Mc 1,38) de Jésus me pousse à ne pas m’installer  dans les fruits produits, mais me défie d’entrer sans cesse dans un nouvel exode?
(9e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 28 mars 2014

Trouver sa joie en coopérant avec Jésus

Dans  notre vie chrétienne et dans nos engagements ou entreprises pour témoigner de l’Évangile, nous pouvons  être tentés de nous décourager, d’être tristes, de ne plus avoir l’énergie de montrer un visage serein et plein d’espérance. Pourtant, ose affirmer le pape François: « Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. » (11)
 
Pour appuyer cette affirmation, il rappelle une vérité fondamentale sans cesse manifestée dans les actes et écrits des personnes engagées pour l’Évangile.
 
« Bien que cette mission nous demande un engagement généreux, ce serait une erreur de la comprendre comme une tâche personnelle héroïque, puisque l’œuvre est avant tout la sienne, au-delà de ce que nous pouvons découvrir et comprendre. Jésus est “le tout premier et le plus grand évangélisateur”. Dans toute forme d’évangélisation, la primauté revient toujours à Dieu, qui a voulu nous appeler à collaborer avec lui et nous stimuler avec la force de son Esprit. La véritable nouveauté est celle que Dieu lui-même veut produire de façon mystérieuse, celle qu’il inspire, celle qu’il provoque, celle qu’il oriente et accompagne de mille manières. Dans toute la vie de l’Église, on doit toujours manifester que l’initiative vient de Dieu, que c’est “lui qui nous a aimés le premier” (1 Jn 4, 19) et que “c’est Dieu seul qui donne la croissance” (1 Co 3, 7). Cette conviction nous permet de conserver la joie devant une mission aussi exigeante qui est un défi prenant notre vie dans sa totalité. Elle nous demande tout, mais en même temps elle nous offre tout. » (12)
 
Que m’inspirent ces fortes paroles?
 
Est-ce que je me reconnais dans ces affirmations qui résument tant de témoignages contenus dans les lettres des Apôtres?
 
Quels chemins ces textes m’ouvrent-ils?
(8e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 20 mars 2014

La joie d’évangéliser

La rencontre personnelle et amicale avec Jésus Ressuscité apporte une grande joie. Et c’est là la source de l’action évangélisatrice, parce que, "si quelqu’un a accueilli cet amour qui lui redonne le sens de la vie, comment peut-il retenir le désir de le communiquer aux autres? » Ainsi s’exprime le pape François dans La joie de l’Évangile.
 
Nous avons un exemple très frappant dans l’Évangile de saint Jean. On y voit Jean-Baptiste révéler à deux de ses jeunes disciples, dont un est Jean, que Jésus  est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Les deux jeunes quittent leur maître et se mettent à suivre Jésus. Soixante ans plus tard, le vieux Jean se souvient encore du bouleversement alors vécu. Il se rappelle même de l’heure de cette rencontre : « C’était environ la dixième heure » (Jn 1, 39). La joie inoubliable de ce moment rayonne dans cet évangile johannique : le disciple bien-aimé du Seigneur y témoigne des conséquences d’une émotion qui a changé sa vie.
 
« Un évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d’enterrement. Retrouvons et augmentons la ferveur, “la douce et réconfortante joie d’évangéliser, même lorsque c’est dans les larmes qu’il faut semer […] Que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ”. » (10 et citation de Paul VI)
 
Ma vie de disciple de Jésus est-elle triste, terne ou bien vivante et joyeuse, communicatrice?
 
Dans mon témoignage quotidien, quel est mon état d’âme?
 
Ai-je de l’élan pour témoigner de cette joie que nous apporte la Bonne Nouvelle que Dieu nous aime avec fidélité et miséricorde?
(7e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 14 mars 2014

Le texte de Paul VI sur la joie

Le thème de la joie marquera tous les sujets traités par le pape François dans son exhortation apostolique La joie de l’Évangile. J’ai l’intention de suivre peu à peu ces divers sujets.
 
Mais avant d’avancer dans ces réflexions, je note que François réfère souvent à un texte de Paul VI  totalement consacré à la joie et intitulé Réjouissez-vous dans le Seigneur.
 
Paul VI avait déjà à diverses occasions parlé de la joie. Ainsi, lors de l’audience générale du 17 avril 1968, il affirmait : « Pas de vie chrétienne sans joie ». Lorsque Paul VI a écrit son grand texte sur la joie, les circonstances étaient bien différentes. C’était en 1975. On disait Paul VI angoissé devant ces situations que plusieurs attribuaient aux suites du Concile Vatican II. C‘est dans le cadre de l’année sainte que le pape d’alors a offert au monde un vibrant éloge à joie.  
 
Il est sans doute bon de relire maintenant ce texte qui nous permet d’approfondir ce que le pape actuel nous a donné comme points de repère pour notre joie.
 
Les titres des chapitres donnent un bon aperçu des richesses contenues dans ce document :
1.      Le besoin de joie au cœur de tous les hommes
2.      Annonce de la joie chrétienne dans l’Ancien Testament
3.      La joie selon le Nouveau Testament
4.      La joie au cœur des saints
5.      Une joie pour tout le peuple
6.      La joie et l’espérance au cœur des jeunes
7.      La joie du pèlerin en cette année sainte
 
Je me limite à citer ces quelques mots de la conclusion : « N'est-il pas normal que la joie nous habite, lorsque nos cœurs en contemplent ou en redécouvrent, dans la foi, les motifs fondamentaux qui sont simples : Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique; par son Esprit, sa Présence ne cesse de nous envelopper de sa tendresse et de nous pénétrer de sa Vie; et nous marchons vers la transfiguration bienheureuse de nos existences dans le sillage de la résurrection de Jésus. Oui, il serait bien étrange que cette Bonne Nouvelle, qui suscite l’alléluia de l'Église, ne nous donne pas un visage de sauvés. »
 
Il est certes bon de nous regarder dans ce miroir évangélique.
(6e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 8 mars 2014

Les obstacles à la joie

Le document sur La joie d’Évangile du pape ne propose pas une joie naïve. La joie évangélique exige des choix, des luttes, des désirs. Car des obstacles se présentent sur notre route de la vie, qui souvent induisent au découragement, à l’apathie.

« Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. » Le cœur humain ne peut pas se satisfaire d’une surconsommation qui enferme chacun dans ses propres plaisirs au mépris des souffrances des autres.

« Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. »

« Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie.

- Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, 
- ce n’est pas le désir de Dieu pour nous,
- ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité. » (par. 2)
 
« Cependant, je reconnais que la joie ne se vit pas de la même façon à toutes les étapes et dans toutes les circonstances de la vie, parfois très dure. » Cette dureté de la vie peut devenir une tentation d’abandonner la tension vers le don de soi. Mais la joie « s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. »

« Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis : “Mon âme est exclue de la paix, j’ai oublié le bonheur! […] Voici ce qu’à mon cœur je rappellerai pour reprendre espoir : les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité! […] Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur” (Lm 3, 17.21-23.26). » (par. 6)

Puis le pape donne ce témoignage : « Je peux dire que les joies les plus belles et les plus spontanées que j’ai vues au cours de ma vie sont celles de personnes très pauvres qui ont peu de choses auxquelles s’accrocher. Je me souviens aussi de la joie authentique de ceux qui, même dans de grands engagements professionnels, ont su garder un cœur croyant, généreux et simple. De diverses manières, ces joies puisent à la source de l’amour toujours plus grand de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ. » (par. 7)

Quelles sont dans ma vie les circonstances, personnes ou choses qui m’entrainent dans la tristesse?

Comment est-ce que je mène le combat pour la joie?

Ai-je de la joie à croire en Jésus mon Sauveur? À l’amour fou du Père pour moi? À la fidélité de l’Esprit qui sans cesse offre ce fruit de son action qu’est la joie?

Y a-t-il quelque psaume particulier qui me soutient dans mes moments pénibles?

Quels sont mes autres moyens de lutter contre le découragement, le laisser-aller défaitiste?
(5e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 28 février 2014

François et 3 formes de misère

Dans son message pour le carême 2014, le pape distingue la misère de la pauvreté. « La misère est la pauvreté sans confiance, sans solidarité, sans espérance. » Puis il décrit trois formes de misère.
 
« La misère matérielle est celle qui est appelée communément pauvreté et qui frappe tous ceux qui vivent dans une situation contraire à la dignité de la personne humaine : ceux qui sont privés des droits fondamentaux et des biens de première nécessité comme la nourriture, l’eau et les conditions d’hygiène, le travail, la possibilité de se développer et de croître culturellement. » Les chrétiens voient dans ces laissés-pour-compte « le visage du Christ; en aimant et en aidant les pauvres nous aimons et nous servons le Christ. » Il importe d’en avoir soin, mais aussi de faire en sorte que cessent ces atteintes à la dignité humaine, par une distribution équitable des richesses. « Il est nécessaire que les consciences se convertissent à la justice, à l’égalité, à la sobriété et au partage. »
 
La misère morale « consiste à se rendre esclave du vice et du péché. Combien de familles sont dans l’angoisse parce que quelques-uns de leurs membres – souvent des jeunes – sont dépendants de l’alcool, de la drogue, du jeu, de la pornographie! Combien de personnes ont perdu le sens de la vie, sont sans perspectives pour l’avenir et ont perdu toute espérance! Et combien de personnes sont obligées de vivre dans cette misère à cause de conditions sociales injustes, du manque de travail qui les prive de la dignité de ramener le pain à la maison, de l’absence d’égalité dans les droits à l’éducation et à la santé. Dans ces cas, la misère morale peut bien s’appeler début de suicide. »
 
La misère spirituelle nous frappe « lorsque nous nous éloignons de Dieu et refusons son amour. » Nous pensons alors nous suffire à nous-mêmes, mais nous nous engageons sur la voie de l’échec. « Seul Dieu nous sauve et nous libère vraiment. »
 
L’Évangile, message de miséricorde et d’espérance, est l'antidote véritable contre cette misère spirituelle et aussi remède dans la misère morale.  « Il est beau d’expérimenter la joie de répandre cette bonne nouvelle, de partager ce trésor qui nous a été confié pour consoler les cœurs brisés et donner l’espérance à tant de frères et de sœurs qui sont entourés de ténèbres. Il s’agit de suivre et d’imiter Jésus qui est allé vers les pauvres et les pécheurs comme le berger est allé à la recherche de la brebis perdue, et il y est allé avec tout son amour. Unis à Lui, nous pouvons ouvrir courageusement de nouveaux chemins d’évangélisation et de promotion humaine. »
Bon carême!
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau